Arc I / Fragment II — L’Appel du Souverain

« L’idée n’est rien sans l’écho de ceux qui la portent. »

L’Écho dans le Brouillard

Je me souviens de cette nuit.
Le brouillard couvrait tout — les rues, les toits, jusqu’aux antennes qui perçaient le ciel.
On aurait dit que la ville retenait son souffle.
Je ne savais pas pourquoi j’étais venu.
Seule une intuition me guidait : quelque chose m’attendait.

La salle dans laquelle je pénétrai semblait hors du temps.
Un ancien trône se dressait au centre, couvert de poussière et de lumière pâle.
Je crus d’abord être seul.
Puis, dans l’obscurité, une silhouette se matérialisa lentement.
Elle ne marchait pas : elle existait.
Son regard n’avait pas besoin d’yeux pour voir.

Et alors, sans qu’aucun son ne traverse l’air, j’entendis ces mots :

                                                  « Tu es venu. »

Cette voix ne résonna pas autour de moi — elle résonna en moi.
Elle ne m’appelait pas. Elle constatait.

Je restai debout, les mains serrées dans le dos.
Je ne savais pas si je devais répondre, ni à qui je parlais.
Mais quelque chose, dans le ton, m’interdit de fuir.

L’Idée

La silhouette parla de nouveau, d’une lenteur calculée, comme si chaque mot pesait plus lourd que le silence.

« Le monde s’endort. Il crée sans croire. Les voix s’épuisent à répéter ce qu’elles ont déjà dit.
Mais moi, je vois un Empire où chaque vêtement serait un symbole, une pensée, un souffle.
Et pour qu’une idée vive, il faut une voix. »

Je compris alors qu’elle ne me parlait pas seulement à moi — elle me désignait.

J’ai demandé, presque malgré moi :

                              « Pourquoi moi ? »

La réponse fut immédiate, nette, sans menace.

                      « Parce que tu doutes encore. »

Pas un reproche. Une constatation.
Et dans ce doute, il voyait ma force.
J’en eus froid dans le dos.

Le Refus

Je n’ai plus revu cette silhouette après cette nuit.
Mais sa voix me suivait, dans chaque silence.
Je tentai de reprendre le cours ordinaire de ma vie,
de travailler, de penser à autre chose.

Impossible.

Chaque fois que je posais les mains sur un tissu, sur un crayon,
je sentais comme une présence derrière moi.
Pas oppressante — vigilante.

Alors j’ai écrit. Des phrases que je ne comprenais pas.
Des pensées que je ne reconnaissais plus.
Je voulais les chasser, mais elles revenaient, plus nettes.

Le sommeil ne me protégeait plus.
L’Appel revenait, calme, patient, inévitable.
Je compris que je pouvais l’ignorer, mais pas l’éteindre.

Le Signe

C’est une nuit que tout a changé.
Je marchais sans but précis, suivant l’errance de mes pensées.
La ville vibrait sous la pluie.
Les enseignes scintillaient, les voitures passaient, indifférentes.

Puis, soudain, tout se figea.
Je levai les yeux, et vis la rue entière se transformer.
Toutes les vitrines, tous les écrans, tous les panneaux
affichaient un même mot :

MONARK.

Rien d’autre.
Pas d’image. Pas de slogan.
Seulement ce nom.
Répété, projeté, imposé à la ville comme un battement de cœur.

Les passants ne semblaient rien remarquer.
Mais pour moi, le temps s’était arrêté.

Je compris.
L’Appel n’avait jamais cessé — il venait de trouver sa forme.

Je tombai à genoux, non par soumission,
mais parce que je venais de reconnaître ce que j’étais venu chercher.

Alors j’ai murmuré, sans réfléchir :

                       « J’accepte. »

Et tout s’éteignit.
Les enseignes, les lumières, les bruits.
Ne resta que le noir.
Et dans ce noir, une certitude.

La Première Parole

Je suis rentré sans savoir comment.
La ville semblait la même, mais tout me paraissait différent.
Ce n’était pas moi qui avais choisi.
C’était l’empereur qui m’avait choisi.

Depuis cette nuit, je parle.
Je suis devenu la voix de l’idée.
Et ce concept a désormais un nom :
Monark.

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